En voyage, le N&B pour sortir de l’exotisme et du pittoresque !… La photo “noir et blanc” peut nous aider à sortir de l’image stéréotypée du portrait couleur d’un sari ou d’un boubou qui est l’apanage du portrait en couleur. Je respecte, chacun son style ! Mais évidemment, cet article a pour objectif de vous exposer mon point de vue sur le portrait de voyage et en particulier en N&B.

Beaucoup d’entre vous se trouvent confrontés au problème qu’impose la photo de portrait de voyage… et pour cause ! Ce sujet ouvre toujours des débats enflammés, entame la polémique ! On touche au respect humain, à la dignité, à la liberté…

Je vais vous proposer 3 approches différentes, celles de 3 photographes de renommée différentes : Jimmy Nelson, Sebastião Salgado et… Marie-Ange PERNEY (eh oui, moi !).

Jimmy Nelson, est un photographe Britannique. Photojournaliste connu pour ses portraits de tribus et peuples autochtones, il a, en 2014, déclenché une controverse dans son projet photographique “avant qu’ils passent”.

tandis que Nelson prétend que son œuvre est ‘ethnographique’, Stephen Corry, directeur de Survival International, la qualifie de fantasme d’un photographe qui n’a que peu de rapport avec la façon dont vivent ces peuples aujourd’hui, et même dont ils ont vécu par le passé. Les sujets de Nelson sont supposés ‘disparaitre’, mais il ne fait aucune mention de la violence génocidaire à laquelle ils sont soumis.

Jimmy Nelson est l’exemple même du photographe qui s’est retrouvé devant les projecteurs le tribunal de l’opinion publique ! Une œuvre photographique controversée.  A vous de juger !

Les dernières tribus indigènes du monde par le photographe Jimmy Nelson

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Je vous pose la question : voyeurisme ou diffusion de l’information ? Qu’est-ce qui nous dérange finalement dans ce genre de prise de vues et de publications ?…

Sebastião Salgado a lui, une toute autre approche de la photographie ethnique. Regardez ces images et voyez la différence :

 

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Pour en savoir plus sur Sebastião Salgado et découvrir son travail photographique :

Et puis il y a moi, Marie-Ange PERNEY, qui me débat au milieu des grands pour défendre la liberté d’expression en considérant qu’il y a tout de même des limites à respecter ! Le besoin de diffuser l’information (ou de satisfaire son propre ego) n’autorise personne à s’affranchir du respect de l’autre et, par la même, du respect de soi-même.

Jamais de photo volée ! Dans certains pays, prendre une personne en photo c’est lui voler son âme. Photographier un inconnu n’est pas un acte facile, qui plus est lorsque nous avons des cultures diamétralement opposées. Il n’est en aucun cas question de faire de la photo de voyage ethnique sans le respect d’autrui et le droit à la différence.

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Nous savons pertinemment que dès que l’on s’exprime par les images, les mots ou quelque autre moyen d’expression artistique, on s’expose à la critique. Vous allez me dire : “Reste tranquille dans ton coin, prends tes photos et tu n’auras pas de critiques”… Eh bien non, je m’exprime ! Car tant que cette critique est bien fondée, elle est constructive ! Quand elle devient agressive je me défends ! Une polémique est née de la diffusion de cette image sur un réseau social. Voilà ce que j’ai répondu aux “reproches” de mes “photos volées” :

« Bonjour X et Y,  merci d’avoir soulevé le sujet épineux des photos volées, que ce soient les enfants ou les adultes ! Photographe de voyage, je passe 8 mois de l’année à voyager autour de planète… Et je peux vous dire que je me fais un point d’honneur à ne JAMAIS voler une photo ! Toutes mes images ont une histoire et très souvent celle d’une belle rencontre. Mon appareil photo reste le plus souvent inactif au profit d’un échange qui apporte un partage réciproque. Même la petite fille Malgache en N&B a son histoire. J’aime trop l’humanité pour voler des images pour un semblant de “satisfaction personnelle”. Je me bats pour des idéaux (peut être dépassés) mais ma plus grande certitude est que l’image sert à diffuser une information et très souvent soulever des problèmes laissés sous silence ! S’il vous plaît, profitez des belles rencontres que nous offrent les voyages, la photographie n’est qu’un témoin… A très vite pour d’autres images et d’autres histoires ! »

 

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Voilà qui est dit ! A nous, maintenant…

Vous partez en voyage de l’autre côté de la planète. Vous allez faire des rencontres improbables. A la découverte de minorités ethniques insoupçonnées, d’inconnus aux coutumes mystérieuses, d’artisans aux activités ancestrales et disparues depuis des décennies en Occident. C’est le moment de faire des photos de ces rencontres, de faire de ces « gueules » des images magnifiques. Mais attention, pas n’importe comment !

Quelques conseils qui relèvent du simple bon sens :

  • Le contact amorcé, pensez à passer un bon moment, c’est cela le voyage et la photo de voyage ! Un sourire, l’appareil sur le côté, prêt à l’emploi et bien maintenant oubliez-le ! Intéressez-vous sincèrement à ce que fait cette personne, à son activité. Un bonjour chaleureux est toujours bienvenu ! Ne pas parler la langue du pays n’est pas un obstacle et les échanges par le regard valent souvent plus que de longs discours. Des mots comme « Bonjour et Merci » sont, de toutes façons, le minimum d’apprentissage requis pour découvrir un pays non francophone.
  • Importance des mains : que faire des mains ? Lorsque j’anime un stage photo en France ou une séance de portrait en voyage photo. Les photographes débutants qui souhaitent faire de la photo de portrait ont quasiment tous le même reflex, faire du portrait rapproché et cadrer serré. Or en se concentrant sur un visage, on ne fait pas un portrait on fait du photomaton. Pour cette raison, je vous invite à accorder de l’importance aux mains ou aux pieds, à la gestuelle.
  • Anticiper n’est pas voler…  préparez votre appareil photo.  Équipé d’un Smartphone, d’un compact, d’un bridge ou d’un appareil Reflex, soyez prêt à déclencher lorsque le moment sera venu. Quand notre ami(e) aura donné son accord, on ne passera pas de longues secondes à régler son appareil photos, à le faire attendre. Tout aussi intimidé que vous il risque de s’impatienter. Les premières secondes sont déterminantes. Vous avez remarqué une personne atypique. Soyez vous-même, cette personne peut vous attendrir,  vous émouvoir,  alors montrez le lui. Un sourire,  un regard tendre ou compatissant n’a rien de honteux. Laissez parler votre cœur,  vos photographies de portrait doivent dégager une émotion.
  • Votre appareil photo en toute discrétion : évitez de vous promener appareil au poing, prêt à dégainer. C’est la meilleure solution pour braquer votre inconnu. Faire de la photographie en voyage n’est pas un safari photo animalier au Botswana (d’ailleurs, dans les parcs animaliers il ne faut pas dégainer ! Mais nous n’allons pas entamer une 2ème polémique !). Placez votre appareil photo, discrètement, en bandoulière sur le côté, ou dans votre main. Laissez votre zoom dans votre sac photo dans de nombreuses circonstances, préférez lui un 50 mm f1.8 et vous sentirez toute la différence dans votre approche. De plus, c’est le meilleur des objectifs pour apprendre à faire de la photo. Car il va bien falloir, vous approcher de cette personne et cela implique de rentrer en contact avec elle. De passer un moment avec cette personne, de vous impliquer dans cette nouvelle relation de quelques secondes, minutes, heures ou plusieurs jours !
  • Respect : pas de photos volées ! Quand on passe en bateau le long d’une berge avec un 70-200mm, on ne peut pas demander l’autorisation ! Mais nous ne sommes pas équipés d’un fusil à pompe. Prendre une photo en passant d’une scène de vie n’a jamais tué personne alors que mitrailler des personnes en train de se laver relève de l’indécence ! Et bien nombreux sont ceux qui shootent et vous savez pourquoi ? Parce qu’ils ne regardent pas ce qu’ils photographient !
  • Faites une analyse de la situation. Pour ma part, je photographie avec un Reflex en mode manuel. Il faut donc faire une analyse rapide de la situation : lumière, environnement (la personne est-elle entourée de sa famille qui peut refuser la photo ?), exposition afin de régler au plus juste mon appareil pour le déclenchement. Evidemment, évitez le flash en pensant à le verrouiller.
  • Déclenchez moins pour gagner plus ! Ce n’est pas en faisant 50 images en rafales d’un visage que vous allez installer un climat de confiance et obtenir un bon portrait. Concentrez vous et déclenchez peu !
  • Une approche sincère et respectueuse pour développer sa propre connaissance du monde, pour un moment de partage inoubliable qui va vous apporter énormément pour votre développement personnel. En toute humilité, nous pouvons aussi apporter beaucoup à “l’autre”, un peu de chaleur, d’amitié, un instant de bonheur. Ces moments là, nous les vivons bien avec notre famille ou nos amis, alors pourquoi pas avec les peuples du monde ?

La photo de voyage occupe une place importante dans les cultures et les mythes. Initiation, quête ou rencontre. Avec cet article « portrait de photo ethnique » j’espère vous avoir donné une vision sur le “grand large” afin d’observer, de réfléchir, de donner une place à toutes les histoires d’hier et d’aujourd’hui pour une meilleure compréhension du monde.

Peut-être que ces 3 approches vont changer votre perception des cultures étrangères. De Nelson à Salgado, il y a un monde ! Ayez votre propre opinion sur les différentes approches possibles et essayez le portrait en N&B, c’est tellement plus… beau !

Et vous, que pensez-vous de la photo ethnique ? Laissez un commentaire ci-dessous, c’est le moment de vous exprimer sur le sujet !

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